La vie monastique

La prière personnelle

La prière n'est pas seulement faite de chants, de paroles, de gestes, de signes.
Elle est aussi et avant tout tête à tête, coeur à coeur avec Dieu.


La prière du chapelet
Une autre manière de prier: le chapelet

Prière de tous les instants

Le coeur à coeur avec Dieu trouve place dans la prière commune, la prière liturgique. Mais moines et moniales désirent faire de toute leur vie une prière. Aussi cherchent-ils à être à chaque instant présents à Dieu par le coeur.

La présence à Dieu est possible parce que Dieu se tient mystérieusement à nos côtés. Jésus dit, Demeurez en moi, comme moi en vous. Je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire (Jn 15,4-5).

Cette présence à Dieu, attention du coeur, intérieure, montre son authenticité dans la qualité de ses fruits: amour, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi (Ga 5, 22-23).


Quand tu pries, retire-toi au fond de ta maison, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra.

Nous prions dans notre chambre, lorsque nous retirons entièrement notre coeur du tumulte et du bruit des pensées et des soucis, et que, dans une sorte de tête-à-tête secret et de douce intimité, nous découvrons au Seigneur nos désirs.
Nous prions la porte close, lorsque nous supplions sans ouvrir les lèvres et dans un parfait silence Celui qui ne tient pas compte des paroles, mais regarde au coeur.
Nous prions en secret, lorsque nous parlons à Dieu par le coeur seulement et l'application de l'âme...

Jean Cassien, moine du Ve siècle

Oraison

La prière personnelle trouve un terrain favorable dans la liturgie, la lectio divina, le silence, et aussi dans le travail et les relations fraternelles.

De plus, un moment particulier lui est réservé, où toute autre activité cesse: c'est l'oraison, offrande du temps dans une prière silencieuse, gratuite.

Si cette pratique a été formalisée au XVIe siècle, elle plonge ses racines dans une riche et très ancienne tradition chrétienne et monastique. De tout temps, les chrétiens ont tenu en haute estime la prière du coeur, don d'amour qui ne cherche pas de résultat sinon l'amour lui-même: La prière la plus parfaite et la plus élevée est celle qu'inspirent la contemplation de Dieu et l'ardeur de la charité, lorsque l'âme, absorbée dans l'amour qu'elle a pour son Créateur, lui parle tendrement et familièrement comme à un père... (Jean Cassien, moine du Ve siècle).
Le silence intérieur, ou encore les paroles du Notre Père peuvent être le support de cette prière, ce qui compte étant l'orientation du coeur, offert à Dieu.

L'oraison, un coeur à coeur avec Dieu


L'oraison est un amoureux attachement de l'homme à Dieu ; une sorte de conversation familière et affectueuse, l'âme illuminée se tenant tranquille, afin de jouir de Dieu aussi longtemps qu'il est permis.

Guillaume de Saint-Thierry (Moine bénédictin puis cistercien, XIIe siècle)


Le saint-sacrement
Joie pour les coeurs qui cherchent Dieu (Ps 104,3)


Pour aller plus loin...

  Les difficultés de la prière chrétienne d'après H. Bourgeois, prêtre et théologien.

«
L'Apôtre a dit: "Priez sans relâche" (1Th 5, 17). Aurons-nous donc toujours les genoux en terre, le corps prosterné, les mains élevées, pour qu'il nous dise: "Priez sans cesse?" Si nous appelons cela prier, je ne crois pas que nous puissions le faire sans interruption. Mais il est dans l'âme une autre prière incessante, qui est le désir. Quoi que vous fassiez, vous ne cessez point de prier, si vous désirez le repos du ciel. Si donc tu ne veux pas interrompre ta prière, n'interromps pas ton désir. Un désir incessant est une voix continuelle. Te taire, ce serait ne plus aimer.

Saint Augustin, Sermon 38 sur les Psaumes


«
L’homme porte en lui une soif d’infini, une nostalgie d’éternité, une recherche de beauté, un désir d’amour, un besoin de lumière et de vérité, qui le poussent vers l’Absolu; l’homme porte en lui le désir de Dieu. Et l’homme sait, d’une certaine façon, qu’il peut s’adresser à Dieu, il sait qu’il peut le prier. Saint Thomas d’Aquin, l’un des plus grands théologiens de l’histoire, définit la prière comme l’"expression du désir que l’homme a de Dieu". Cette attraction vers Dieu, que Dieu lui-même a placée dans l’homme, est l’âme de la prière, qui revêt ensuite tant de formes et de modalités selon l’histoire, le temps, le moment, la grâce et même le péché de chaque priant. L’histoire de l’homme a, en effet, connu diverses formes de prière, car il a développé différentes modalités d’ouverture vers l’Autre et vers l’Au-delà, si bien que nous pouvons reconnaître la prière comme une expérience présente dans chaque religion et culture.

En effet, (...) la prière n’est pas liée à un contexte particulier, mais elle se trouve inscrite dans le cœur de chaque personne et de chaque civilisation. Naturellement, lorsque nous parlons de prière comme expérience de l’homme en tant que tel, de l’homo orans, il est nécessaire d’avoir à l’esprit que celle-ci est une attitude intérieure, avant d’être une série de pratiques et de formules, une manière d’être devant Dieu avant d’être l’accomplissement d’actes de culte ou la prononciation de paroles. La prière a son centre et plonge ses racines au plus profond de la personne; c’est pourquoi elle n’est pas facilement déchiffrable et, pour le même motif, elle peut être sujette à des malentendus et à des mystifications. C’est dans ce sens également que nous pouvons comprendre l’expression: prier est difficile. En effet, la prière est le lieu par excellence de la gratuité, de la tension vers l’Invisible, l’Inattendu, l’Ineffable. C’est pourquoi l’expérience de la prière est un défi pour tous, une "grâce" à invoquer, un don de Celui à qui nous nous adressons.

Dans la prière, à chaque époque de l’histoire, l’homme se considère lui-même, ainsi que sa situation face à Dieu, à partir de Dieu et par rapport à Dieu, et il fait l’expérience d’être une créature qui a besoin d’aide, incapable de se procurer toute seule l’accomplissement de sa propre existence et de sa propre espérance. Le philosophe Ludwig Wittgenstein rappelait que "prier signifie sentir que le sens du monde est en dehors du monde". Dans la dynamique de cette relation avec celui qui donne un sens à l’existence, avec Dieu, la prière trouve l’une de ses expressions typiques dans le geste de se mettre à genoux. C’est un geste qui contient en lui-même une ambivalence radicale: en effet, je peux être contraint de me mettre à genoux — condition d’indigence et d’esclavage —, mais je peux également m’agenouiller spontanément, en déclarant ma limite et, donc, mon besoin d’un Autre. C’est à lui que je déclare être faible, nécessiteux, "pécheur". Dans l’expérience de la prière, la créature humaine exprime toute la conscience de soi, tout ce qu’elle réussit à saisir de sa propre existence et, dans le même temps, elle se tourne entièrement vers l’Etre face auquel elle se trouve, elle oriente son âme vers ce Mystère dont elle attend l’accomplissement des désirs les plus profonds et l’aide pour surmonter l’indigence de sa propre vie. Dans le fait de regarder un Autre, de se diriger "au-delà" se trouve l’essence de la prière, comme expérience d’une réalité qui dépasse ce qui est sensible et contingent.

Toutefois, c'est uniquement en Dieu qui se révèle que la recherche de l'homme s’accomplit pleinement. La prière qui est ouverture et élévation du cœur à Dieu, devient ainsi un rapport personnel avec Lui. Et même si l'homme oublie son Créateur, le Dieu vivant et vrai ne cesse d'appeler le premier l'homme à la rencontre mystérieuse de la prière. Comme l'affirme le Catéchisme de l'Eglise Catholique: "Cette démarche d’amour du Dieu fidèle est toujours première dans la prière, la démarche de l’homme est toujours une réponse. Au fur et à mesure que Dieu se révèle et révèle l’homme à lui-même, la prière apparaît comme un appel réciproque, un drame d’Alliance. A travers des paroles et des actes, ce drame engage le cœur. Il se dévoile à travers toute l’histoire du salut" (CEC, n. 2567).

Chers frères et sœurs, apprenons à demeurer davantage devant Dieu, Dieu qui s'est révélé en Jésus Christ, apprenons à reconnaître dans le silence, dans l'intimité de nous-mêmes, sa voix qui nous appelle et nous ramène à la profondeur de notre existence, à la source de la vie, à l'origine du salut, pour nous faire aller au-delà de la limite de notre vie et nous ouvrir à la mesure de Dieu, à la relation avec Lui, qui est Amour infini.

Benoît XVI, Audience du 11 mai 2011



 

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